La science du droit constitutionnel et ses valeurs

By Charlotte LARGERON, 20 July, 2026
Salle de conseil 1 et 2 - FDSP - Aix-en-provence

La science du droit constitutionnel et les valeurs : qu’allons-nous faire de nos valeurs ?

Colloque sous la direction d'Alexis Blouet, Marc Cottereau, ThĂ©o Ducharme & Xavier Magnon 

Programme : A venir 

Affiche : 

Ouvert Ă  tous

Présentation

Si le droit, en gĂ©nĂ©ral, est le reflet de valeurs, le droit constitutionnel, en tant qu’objet d’étude, est tout particulièrement le reflet d’un ensemble de valeurs sur la manière dont il convient de structurer juridiquement une organisation sociale. Aussi, penser le droit constitutionnel implique de dĂ©velopper une certaine conception du vivre ensemble, de proposer un certain modèle d’organisation de la citĂ©e. MĂŞme si les valeurs du droit constitutionnel ont Ă©voluĂ© dans le temps et qu’elles demeurent, en tout Ă©tat de cause, subjectives et relatives, un modèle occidental, un modèle du global north, n’en est pas moins nĂ© et s’est imposĂ© dans la seconde moitiĂ© du XXème siècle regroupant, de manière concomitante, un ensemble de valeurs (dĂ©mocratie, État de droit, sĂ©paration des pouvoirs, libĂ©ralisme, individualisme, justice sociale…), renvoyant au modèle du libĂ©ralisme politique. 

Au-delĂ  mĂŞme de la science du droit du global north, ce modèle dominant situĂ© apparaĂ®t souvent comme vertueux. Il fait ainsi l’objet mĂŞme d’un jugement de valeur sur sa qualitĂ© intrinsèque. Aussi, chaque remise en cause contemporaines de ces valeurs, comme, par exemple, les « dĂ©mocraties illibĂ©rales Â» ou encore les dĂ©rives autoritaires de certains rĂ©gimes, est considĂ©rĂ©e, naturellement, comme marquant une crise des valeurs vertueuses ou comme Ă©tant, plus gĂ©nĂ©ralement, nĂ©faste. La science du droit hiĂ©rarchise ainsi les valeurs qui structurent les rĂ©gimes politiques, sans toujours d’ailleurs questionner ou justifier le caractère prĂ©pondĂ©rant reconnu Ă  certaines d’entre-elles.

En tout état de cause, et le plus souvent encore, la science du droit constitutionnel occidentale évolue précisément au sein de régimes politiques qui se réclament de ces valeurs vertueuses. Il existe de la sorte une connexion axiologique entre les valeurs essentielles jugées en général vertueuses par la doctrine et celles reconnues par les systèmes juridiques occidentaux au sein desquels la première évolue. Sans doute cette connexion, tout comme, avec tout autant de force d’ailleurs, la menace ou les tendances menaçantes à la disjonction consécutive aux différentes crises de nos régimes, mettent au premier plan de la réflexion le rapport de la science du droit constitutionnel avec les valeurs, en soulevant tout un ensemble de questions.

La science du droit constitutionnel doit-elle ĂŞtre ou est-elle nĂ©cessairement une science de la mise en Ĺ“uvre du libĂ©ralisme politique dans ses diffĂ©rentes dĂ©clinaisons ? S’il lui appartient d’envisager tous les rĂ©gimes possibles, ne tend-elle pas Ă  se concentrer sur les rĂ©gimes qu’elle juge vertueux, tout en discrĂ©ditant ou nĂ©gligeant les autres ? Ă€ cet Ă©gard, quelle est la place de l’étude de rĂ©gimes autoritaires dans la science du droit constitutionnel ? Dans quelle mesure la science du droit constitutionnel est une science plus ou moins explicitement prescriptive quant Ă  la manière dont il convient d’organiser un rĂ©gime politique ? N’existe-t-il pas ainsi un biais axiologique Ă  l’étude du droit constitutionnel positif ? Dans quelle mesure la dĂ©fense de certaines valeurs peut ĂŞtre un frein Ă  une lecture critique d’un système juridique ? Peut-il exister une autolimitation doctrinale Ă  la critique d’un système pour Ă©viter d’en remettre en cause les principes vertueux qu’il dĂ©fend, mĂŞme mal ? Plus gĂ©nĂ©ralement, les valeurs guident-elles la lecture du droit constitutionnel ? Le font-elles de manière explicite ? De manière implicite ? Le cas Ă©chĂ©ant, comment concilier l’intĂ©gration des valeurs avec une dĂ©marche scientifique objective ? Que doit faire la doctrine Ă  cet Ă©gard pour demeurer objective ? Peut-il exister une science du droit constitutionnel neutre dans un rĂ©gime autoritaire ou illibĂ©ral ? Que doit faire une doctrine constitutionnelle dans un tel rĂ©gime ? La doctrine doit-elle ĂŞtre militante ? Doit-elle demeurer « neutre Â» et « descriptive Â» ? Que peut-faire la science du droit lorsqu’elle Ă©volue dans un rĂ©gime autoritaire ou illibĂ©ral ?

L’ensemble de ces questions mĂ©ritent d’être abordĂ©es dans un premier temps sous l’angle thĂ©orique et, plus prĂ©cisĂ©ment, sous l’angle Ă©pistĂ©mologique : que peut faire la science du droit constitutionnel des valeurs (Table ronde I) ? Cette première dimension mĂ©rite d’être confrontĂ©e Ă  la pratique de la science du droit constitutionnel française principalement. Pour mieux apprĂ©cier cette pratique, il convient, d’une part, d’identifier les valeurs mobilisables et mobilisĂ©es par la doctrine constitutionnelle (Table ronde II) et, d’autre part, d’apprĂ©cier comment la doctrine mobilise ces valeurs en pratique (Table ronde III). Ces journĂ©es d’études entendent ainsi dresser un panorama Ă  la fois Ă©pistĂ©mologique et pratique des valeurs dans le champ de la discipline du droit constitutionnel.